Les séniors au Sénat
Par Roger • 17 nov, 2007 • Catégorie: En vrac et en couleur •Dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2008, le Sénat a adopté hier, 16 novembre, une disposition visant à rendre obligatoire un taux de 8% de seniors dans les entreprises.
Cela semble une mesure de bon sens lorsqu’on sait que le taux d’emploi des seniors dans notre pays est un des plus faibles d’Europe. Est-ce que cela va favoriser l’embauche des quinquas ou simplement empêcher leur mise en pré-retraite ? Le jeunisme qui prévaut dans les offres de recrutement, administration et services publics compris, ne me semble, hélas pas remis en question. En effet, un autre projet de loi, portant lui sur les critères de discrimination à l’embauche, vise à exclure l’âge de leur champ d’application. Alors que penser ?
La réalité c’est que passé 45 ans, voire même parfois 40, un salarié n’a que très peu de chance de retrouver un emploi en CDI. Au delà de 50 c’est même quasiment mission impossible.
Dans le même temps, les années nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein augmentent et les modifications de l’assiette de calcul des pensions diminuent de plus en plus le montant de celles-ci.
Reste l’augmentation de l’espérance de vie. Est-ce que 10 ans entre 65 et 75 ans sont équivalents en termes de qualité de vie, de condition physique et d’autonomie à 10 ans entre 75 et 85 ans ? Car si l’espérance de vie augmente, c’est surtout grâce aux progrès de la médecine et non à un ralentissement du vieillissement biologique chez les êtres humains.
En réalité le problème des retraites comme celui de l’emploi des seniors est essentiellement dû à un manque de courage politique. Avec un niveau de rémunération moyen qui ne cesse de baisser depuis 20 ans, une population active en diminution, une offre d’emplois salariés productifs en régression constante suite aux évolutions technologiques, comment faire face dans les 10 ans qui viennent pour financer les retraites du « papi-boum » ?
De plus, les DRH ont pris la mauvaise habitude depuis plus de 20 ans, de se séparer des salariés les plus anciens, apparemment plus coûteux en salaire, en les envoyant en pré-retraite. Ces pré-retraites financées en parité par les pouvoirs publics et les entreprises ne règlent rien. Ni la situation de l’emploi des jeunes, ni la compétitivité des entreprises. Les seniors ainsi mis sur le carreau ne sont le plus souvent pas remplacés et, lorsqu’ils le sont c’est par du personnel moins qualifié et moins expérimenté (moins cher mais moins productif). L’effet pervers est que les cotisations vieillesses ne sont pas compensées pour les retraites confortables (mais dûes) à venir de ces pré-retraités, par les cotisations des nouveaux embauchés. Il y a là un énorme gâchis de talents et d’argent que seules des visions à courte-vue justifient. Le pire c’est qu’il va arriver un jour où les retraites seront plus élevées que les salaires d’embauches pour un même métier. Qui va payer? Les directives européennes font obligation aux états de compenser les régimes de retraites déficitaires. Est-ce que cela sera socialement supportable pour les actifs? Faute d’avoir été réformé ou refinancé à temps, je crains que notre système des retraites par répartition ne trouve, à moyen terme, ses limites arithmétiques. Ni plus, ni moins.
Dans ce contexte, le problème des régimes spéciaux ressemble à l’arbre qui cache la forêt.
Quel dirigeant politique aura le courage d’avouer, que du fait, entre autres, des ajustements de la rémunération du travail consécutifs la mondialisation, le niveau de vie des Français va baisser de façon significative ? Car il ne faut pas s’y tromper. La logique de la compétition économique mondiale conduit inévitablement à un nivellement des salaires (principe des vases communicants). Faire fabriquer des produits dans des pays à bas coût salarial pour les revendre dans les pays au niveau de salaires plus élevé ne peut durer très longtemps. Arrivera fatalement le jour où le pouvoir d’achat des uns et des autres s’équilibrera. La baisse du pouvoir d’achat que connaissent déjà les ménages français est sans doute le signe précurseur de cette tendance.
Que la réalité pour beaucoup de seniors au chômage, c’est qu’ils perdent en quelques années tout ce qu’ils avaient acquis au prix souvent de lourds sacrifices, lorsqu’ils étaient en activité (leur maison en particulier). Tous ces jeunes salariés qui s’endettent lourdement pour un logement sur une durée d’emprunt parfois supérieure à 25 ans, ne réalisent-ils pas que leur emploi et leur niveau de vie sont loin d’être garantis pour la totalité de leur engagement? Le crack des subprimes aux Etats-Unis n’illustre-t-il pas hélas un phénomène prévisible à terme chez nous?.
Il reste peut-être à mieux définir le sens d’une vie humaine autrement que dans l’éternelle consommation de produits manufacturés, à promouvoir de nouvelles solidarités à tous les stades de la vie sociale…Comme l’a dit un jour Martin Luther King, j’ai fait un rêve !
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Difficile de se faire une idée sur cette mesure (même si elle vient d’être supprimer par les députés). D’un coté, cela aurait peut-être pu remettre une partie des Seniors au travail, de l’autre c’est continuer dans la voie de la discrimination par l’âge. Il faut maintenant qu’une politique de changement des mentalités soit mise en place comme ce fut le cas en Finlande ces dernières années.
Frédéric Serrière
http://www.fredericserriere.com