Le Canard au Bourbon
Par lauteur • 20 sept, 2007 • Catégorie: En vrac et en couleurs •Hier mercredi, sur invitation de ma députée préférée, George Pau-Langevin, j’ai passé mon après-midi à l’Assemblée
Nationale. Faut dire que pour moi, petit-fils d’immigrés arméniens, le débat sur le projet de loi sur l’immigration et le droit d’asile, m’interpellait particulièrement. Lorsque mes grands-parents, fuyant la folie génocidaire des Turcs en 1920, ont trouvé refuge en France, le problème n’était pas les sans-papiers mais les sans-patrie.
Arméniens, Espagnols, Italiens, tous ceux que les horreurs de l’Histoire de la première moitié du 20ème siècle conduisirent sur le sol français ne fuyaient pas la misère mais les exécutions sommaires et les dictatures fascistes. En ce temps là, comme aujourd’hui, il y avait des Français accueillants et d’autres moins. Les vexations du genre « ces étrangers qui viennent manger le pain des Français » étaient courantes. Comme aujourd’hui, la crise économique et sociale, le chômage étaient vecteurs de tous les extrémismes. De l’autre côté du Rhin, un petit caporal à moustache courte stigmatisait la communauté juive tandis qu’au-delà des Pyrénées comme au-delà des Alpes c’était les gens de gauche qui devenaient, dans les vociférations des dictateurs, les ennemis du peuple espagnol et du peuple italien. Cette propension qu’ont eu dans le passé, certains dirigeants «peu démocrates» à désigner une catégorie de la population comme responsable du mal vivre des autres, ne rappellerait-t-elle pas des discours plus actuels ?
En effet, ne qualifie t-on pas couramment aujourd’hui les immigrés en situation irrégulière (ou pas) de délinquants ou fraudeurs en puissance, les rmistes et les chômeurs de paresseux qui vivent sur le dos des autres ou encore les fonctionnaires de privilégiés qui font toujours grève ?
Plutôt que de s’attaquer aux vraies causes des problèmes, en particulier à la dérégulation ultra-libérale qui conduit via la spéculation et les hausses abusives des prix, à la paupérisation du plus grand nombre, on préfère légiférer sur l’immigration, sur l’indemnisation des chômeurs, sur l’âge du départ à la retraite et sur le nombre des fonctionnaires. On renvoie l’ascenseur aux électeurs transfuges de Jean-Marie Le Pen et on ne résout rien. Nous le savons bien, ces mesures en trompe l’œil ne duperont pas longtemps ce qui vivent des fins de mois difficiles ou des endettements inextricables. Mais le mal sera fait. Si l’on rajoute à cela, les propos de Bernard Kouchner sur une éventuelle guerre avec l’Iran, on retrouve le scénario, hélas classique, de la fuite en avant . Celui là même, qui sauva Margaret Thatcher au sommet de son impopularité grâce à la guerre des Malouines. J’évoque « la dame de fer » pour ne pas faire référence à des chefs d’états plus anciens et plus nauséabonds, mais c’est, n’en doutons pas, le remake du même film qui se prépare.
Hier, j’ai assisté à la séance de l’Assemblée Nationale qui débattait sur le projet de loi sur l’immigration et le droit d’asile et j’ai été très fier. Fier de voir et d’entendre mon amie George Pau-Langevin défendre bec et ongles l’éthique et les valeurs de la République auxquelles je crois. Même, si les nombreux amendements qu’elle a soumis n’ont pas été adoptés, l’essentiel est que sa voix mêlée à d’autres aussi révoltées qu’elle, ait résonné dans l’enceinte du Palais Bourbon pour dire non à l’inacceptable.
Pendant ce temps, Thierry Mariani, député UMP du Vaucluse et auteur du tristement célèbre amendement sur les tests ADN, lisait en douce sous son pupitre, le « Canard Enchaîné ».



