Comptes de faits
Par Roger • 12 juil, 2008 • Catégorie: En vrac et en couleur •Pour décrypter la réalité d’un fait, il y a ce que la raison nous impose aussi bien que ce que nous suggère notre imaginaire. Notre relation au réel est ainsi faite, qu’il n’y a pas deux individus qui vont appréhender de la même manière un événement, aussi banal soit-il. L’expérience, la culture et notre état émotionnel constituent le prisme incontournable par lequel nous percevons, d’une façon qui nous est unique, les manifestations du monde extérieur.
Même lorsque nous sommes nous-mêmes acteur de l’évènement, il n’est pas certain que nous ressentions la même chose que les autres personnes présentes. Le conducteur d’une automobile vit-il le même voyage que son passager ?
Les finalités des décisions politiques et économiques qui façonnent nos conditions d’existence, aussi bien présentes que futures, n’échappent pas à cette règle de subjectivité. Chacun peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide en fonction de ces convictions politiques ou de son niveau socio-économique.
Là où il y a danger, c’est lorsque la sur-médiatisation d’un évènement induit une sorte d’unanimisme convenu, une interprétation prédigérée à laquelle il convient de se soumettre à défaut de s’attirer les foudres de la masse bien-pensante.
La libération récente d’Ingrid Betancourt, et la grande messe audiovisuelle qui l’a suivie, font partie de ces auto-célébrations sur écran large de l’émotion collective. Transformer en spectacle l’épilogue heureux, mais bien tardif, de cette prise d’otage ressemble, par trop, à la mise en scène d’une mauvaise conscience enfin libérée, pour ne pas me paraître suspect.
Avec le temps, qui finit toujours par faire se lever les brumes et tomber les masques, viendra le jour où une vérité moins romancée nous sera divulguée. Mais ce jour là, qui aura encore l’envie de l’entendre ?
Car nous avons la mémoire courte quand elle n’est pas sélective. Lundi 14 juillet, les soldats de la République défileront devant un parterre de chefs d’états parmi lesquels va se trouver le dirigeant syrien Bachar el-Assad. Les familles des 58 victimes du Drakkar, de Louis Delamarre, l’ambassadeur de France assassiné en 1981 à Beyrouth par les services syriens, de Rafic Hariri et de toutes les victimes d’un régime sanguinaire apprécieront cette manifestation de la « realpolitik » selon Nicolas Sarkozy.
De la réception en grandes pompes de Mouammar Kadhafi à sa présence à la cérémonie d’ouverture des jeux de Pékin, notre président a franchit depuis longtemps la ligne jaune qui sépare la morale politique du pragmatisme d’un super VRP.
Est-ce pour le remercier des juteux contrats signés avec des régimes peu fréquentables, qu’AREVA finance l’illumination en bleu et jaune de la tour Eiffel pendant les six mois de la présidence française de l’UE ?
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